Rimbaud Verlaine
Tableau d’Henri Fantin-Latour. Assis au premier plan, de gauche à droite : Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Léon Valade, Ernest d’Hervilly et Camille Pelletan ; debout, au second plan : Pierre Elzéar, Emile Blémont et Jean Aicard.
L’amitié Rimbaud-Verlaine est une des plus célèbres de la littérature française.

Cest l’histoire de deux poètes, deux génies en quête d’amour, d’aventures et d’inspiration.  Les deux hommes composent des vers magnifiques durant deux années, des poèmes qu’aujourd’hui encore nous nous plaisons à lire et à réciter…

Il ne faut jamais juger les gens sur leurs fréquentations. Tenez, Judas, par exemple, il avait des amis irréprochables.
Paul Verlaine
L’amour veut vivre aux dépens de sa soeur, l’amitié vit aux dépens de son frère.
Arthur Rimbaud

De cette intimité innocente naît un amour interdit. Les sentiments de Verlaine, qui oscillent entre Mathilde, sa femme et Arthur Rimbaud, son amant feront de son homosexualité une expérience.

Mais cette expérience alternera entre la beauté, le bonheur mais aussi la douleur…  pour s’achèvera un triste jour de juillet 1873 à Bruxelles. L’amour et la haine sont de bonne compagnie, pour céder parfois à la folie (bien aidé par l’absinthe il est vrai). C’est là que Paul Verlaine, torturé et en proie à l’alcool tire une balle sur Arthur Rimbaud son amant. 

Rimbaud sera simplement blessé, blessé physiquement, mais plus grave encore, aussi blessé dans son âme. Arthur Rimbaud s’en va et quitte Paul Verlaine.

Verlaine effectuera deux ans de prison, en sortant il écrira Le livre de la sagesse

Tous les êtres ont une fatalité au bonheur.
Arthur Rimbaud

Lettres Verlaine – Rimbaud

Paris, le 2 avril (18)72.
Du café de la Closerie des Lilas.

Bon ami,

C’est charmant, l’Ariette oubliée, paroles et musique ! Je me la suis fait déchiffrer et chanter ! Merci de ce délicat envoi ! Quant aux envois dont tu me parles, fais-les par la poste, toujours à Batignolles, [rue] Lécluse. Auparavant, informe-toi des prix de port, et si les sommes te manquent, préviens-moi, et je te les enverrai par timbres ou mandats (à Bretagne). Je m’occuperai très activement du bazardage et ferai de l’argent – envoi à toi, ou gardage pour toi à notre revoir – ce que tu voudras m’indiquer.

Et merci pour ta bonne lettre ! Le « petit garçon » accepte la juste fessée, I' »ami des crapauds » retire tout, – et n’ayant jamais abandonné ton martyre, y pense, si possible – avec plus de ferveur et de joie encore, sais-tu bien, Rimbe.

C’est ça, aime-moi, protège et donne confiance. Etant très faible, j’ai très besoin de bontés. Et de même que je ne t’emmiellerai plus avec mes petitgarçonnades, aussi n’emmerderai-je plus notre vénéré Prêtre de tout ça, – et promets-lui pour bientissimot une vraie lettre, avec dessins et autres belles goguenettes.

Tu as dû depuis d’ailleurs recevoir ma lettre sur pelure rose, et probab[lement] m’y répondre. Demain j’irai à ma poste restante habituelle chercher ta missive probable et y répondrai… Mais quand diable commencerons-nous ce chemin de croix, – hein ?

Gavroche et moi nous sommes occupés aujourd’hui de ton déménagement. Tes frusques, gravures et moindres meubles sont en sécurité. En outre, tu es locataire rue Campe jusqu’au huit. Je me suis réservé, – jusqu’à ton retour, – 2 gougnottes à la sanguine que je destine à remplacer dans son cadre noir le Camaïeu du docteur. Enfin, on s’occupe de toi, on te désire. A bientôt, – pour nous, – soit ici, soit ailleurs.

Et l’on est tous tiens.
P.V.

Toujours même adresse.
Merde à Mérat – Chanal – Périn, Guérin ! et Laure ! Feu Carjat t’accolle !
Parle-moi de Favart, en effet.
Gavroche va t’écrire ex imo.

Londres, le dimanche 12 décembre (18)75.
Mon cher ami,

Je ne t’ai pas écrit, contrairement à ma promesse (si j’ai bonne mémoire), parce que j’attendais, je te l’avouerai, lettre de toi, enfin satisfaisante. Rien reçu, rien répondu. Aujourd’hui je romps ce long silence pour te confirmer tout ce que je t’écrivais il y a environ deux mois.

Le même, toujours. Religieux strictement, parce que c’est la seule chose intelligente et bonne. Tout le reste est duperie, méchanceté, sottise. L’Eglise a fait la civilisation moderne, la science, la littérature : elle a fait la France, particulièrement, et la France meurt d’avoir rompu avec elle. C’est assez clair. Et l’Eglise aussi fait les hommes, elle les crée: Je m’étonne que tu ne voies pas ça, c’est frappant. J’ai eu le temps en dix-huit mois d’y penser et d’y repenser, et je t’assure que j’y tiens comme à la seule planche.

Et sept mois passés chez des protestants m’ont confirmé dans mon catholicisme, dans mon légitimisme, dans mon courage résigné.

Résigné par l’excellente raison que je me sens, que je me vois puni,humilié justement et que plus sévère est la leçon, plus grande est la grâce et l’obligation d’y répondre.

Il est impossible que tu puisses témoigner que c’est de ma part pose ou prétexte. Et quant à ce que tu m’écrivais, – je ne me rappelle plus bien les termes, « modifications du même individu sensitif », « rubbish », « potarada », blague et fatras digne de Pelletan et autres sous-Vacquerie.

Donc le même toujours. La même affection (modifiée) pour toi. Je te voudrais tant éclairé, réfléchissant. Ce m’est un si grand chagrin de te voir en des voies idiotes, toi si intelligent, si prêt (bien que ça puisse t’étonner !) J’en appelle à ton dégoût lui-même de tout et de tous, à ta perpétuelle colère contre chaque chose, – juste au fond cette colère, bien qu’inconsciente du pourquoi.

Quant à la question d’argent, tu ne peux pas sérieusement ne pas reconnaître que je suis l’homme généreuxen personne : c’est une de mes très rares qualités, – ou une de mes très nombreuses fautes, comme tu voudras. Mais, étant donné, et d’abord mon besoin de réparer un tant soit peu, à force de petites économies, les brèches énormes faites à mon menu avoir par notrevie absurde et honteuse d’il y a trois ans, – et la pensée de mon fils, et enfin mes nouvelles, mes fermes idées, tu dois comprendre à merveille que je ne puis t’entretenir. Où irait mon argent ? A des filles, à des cabaretiers ! Leçons de piano ? Quelle « colle » ! Est-ce que ta mère ne consentirait pas à t’en payer, voyons donc !

Tu m’as écrit en avril des lettres trop significatives de vils, de méchants desseins, pour que je me risque à te donner mon adresse (bien qu’au fond, toutes tentatives de me nuire soient ridicules et d’avance impuissantes, et qu’en outre il y serait, je t’en préviens, répliqué légalement, pièces en mains). Mais j’écarte cette odieuse hypothèse. C’est, j’en suis sûr, quelque « caprice » fugitif de toi, quelque malheureux accident cérébral qu’un peu de réflexion aura dissipé. – Encore prudence est mère de la sûreté et tu n’auras mon adresse que quand je serai sûr de toi.

C’est pourquoi j’ai prié Delahaye de ne te pas donner mon adresse et le charge, s’il veut bien, d’être assez bon pour me faire parvenir toutes lettres tiennes.
Allons, un bon mouvement, un peu de coeur, que diable ! de considération et d’affection pour un qui restera toujours – et tu le sais,
Ton bien cordial
P. V.
Je m’expliquerai sur mes plans – ô si simples, – et sur les conseil que je te voudrais voir suivre, religion même à part, bien que ce soit mon grand, grand, grand conseil, quand tu m’auras, via Delahaye, répondu « properly ».

P.-S. – Inutile d’écrire ici till called for.Je pars demain pour de gros voyages, très loin…

Autres sites à voir:

http://abardel.free.fr  Beau site sur Arthur Rimbaud
fondationlaposte.org  Recueil de textes sur les échanges Rimbaud Verlaine

Proverbes amitié forte

Découvrez nos autres citations sur l’amitié:

L'amitié brisée

Amitié hommes-femmes